Les mois ont passé. Oto Mustam a beaucoup voyagé de l'un à l'autre bout du Monde dont Rushu lui a confié la destinée. Des héros se sont élevés puis sont morts. D'autres prennent la relève. Les combats font rage, le sang coule... Et il est temps pour le guerrier brâkmarien de mettre ses projets à exécution : recruter une armée d'élite qui pourra apporter son renfort aux Démons qui luttent contre l'influence des Dieux dans d'autres dimensions.
« Le moment est venu de mettre les élus à l'épreuve. » déclare-t-il devant un parterre de Brâkmariens terrorisés.
Les Brâkmariens ont du mal à reconnaître Oto : certes, son aversion pour Bonta est intacte mais, depuis qu'il mesure deux mètres cinquante de haut et se téléporte où bon lui semble, comme crédité des pouvoirs de Rushu lui-même, il a perdu de sa haine pour les guerriers bontariens. Il prétend même y voir des recrues potentielles !

On raconte qu'un garde l'aurait surpris à déclarer : « Je me réjouis que les bontariens comptent autant de vaillants guerriers car, le moment venu, je leur montrerai le chemin qui mène à Rushu : tel est le pouvoir que m'a donné notre Seigneur. »

Aussi les Brâkmariens redoutent-ils les autres nouveautés qui pourraient germer sous le casque de leur Maître. Ils l'écoutent avec appréhension.
« Voilà le plan » poursuit Oto Mustam « Nous allons donner l'assaut ici. » il plante son doigt sur la carte qui est dépliée devant lui. Son ongle y souligne les six lettres écrites à l'encre brune : « A-M-A-K-N-A ».

Le plus éminent des conseillers en présence ose lui demander :
« Mais... Pourquoi attaquer cette bourgade alors que la route est ouverte jusqu'à Bonta ? »

Un revers de gant métallique lui arrache trois dents.
« Amakna est le lieu parfait pour notre prochaine bataille : la garde d'Allister est trop molle pour la défendre et elle est peuplée de civils. Seuls les plus cruels guerriers, d'un camp comme de l'autre, oseront déployer toute leur puissance dans un milieu pareil, sans se soucier de blesser des innocents. »

Un « oh » admiratif s'élève de l'assemblée. Oto est fier de sa nouvelle intelligence, il n'avait jamais était très fut-fut avant, mais la magie de Rushu a (presque) fait de lui un intellectuel. Il ajoute avec orgueil :
« Et ce n'est pas fini. Afin de conserver l'avantage, quand ne resteront debout que les cinq ou six héros, bontariens ou brakmariens, qui auront survécu au massacre, j'ai pris soin de contacter un allié de longue date qui nous donnera un petit coup de main le moment venu... Ou devrais-je dire un coup de patte ? MUAHAHAHA ! » Il éclate de rire, seul au départ, mais rapidement imité par tous ceux qui souhaitent garder leur tête.

« J'ai envoyé une missive amicale au Wa Wabbit. » explique-t-il « A l'heure qu'il est, ses troupes doivent être prêtes à débarquer sur le continent. Nous devrions avoir de ses nouvelles rapidement... »

Et justement, au moment où Oto parle, un héraut se précipite parmi la foule, haletant. Il tient à la main un parchemin portant le sceau woyal.
Oto Mustam remercie le courrier d'une chiquenaude et déroule le parchemin. Une simple phrase y est écrite, qu'il lit à voix haute :
« Cwoque ma cawotte. »


Incrédule, le Seigneur Mustam se tourne vers ses conseillers : « Mon « wabbit » n'est plus ce qu'il était... Qu'est-ce que ça veut dire ? »

Silence.

« Répondez où je vous fais tous empaler. »

Un léger toussotement... Finalement un conseiller essaye : « Ô puissant Seigneur, il s'agit d'une expression... euh... qui, dans notre langage usuel, pourrait être traduite par... hmm... « Allez-vous faire cuire un oeuf. »

Dans les jours qui suivirent, le bruit se répandit qu'Oto Mustam voulait la tête du Wa, et que tous ceux qui corrigeraient le souvewain seraient récompensés en conséquence.